(A lire comme on déguste un dessert) – Accueillons Antanas Mockus ensemble.

(A lire comme on déguste un dessert) – Accueillons Antanas Mockus ensemble.

 

Édito de la newsletter de mai 2017.

Mockus vient passer une semaine à la Smala. Vraiment. C’est pas une blague. Il est pour nous un superhéros, une source d’inspiration majeure. Triple champion du monde dans la catégorie poids lourds des visionnaires humanistes, Antanas rejoint pour nous le cercle exceptionnel des accoucheurs-réconciliateurs d’une mondialisation heureuse. Vous avez aimé Pierre Rabhi sur la décroissance ? Elizabeth Kübler-Ross sur l’acceptation de la mort (seule Suissesse parmi les 100 personnalités qui ont le plus changé le 20e siècle selon le Times) ? Paolo Freire sur la théologie de la libération (Brésilien exilé à Genève) ? Rudolf Steiner sur l’anthroposophie à Bâle ? Albert Jacquard (un des parrains de la Smala) sur l’assignation à résidence sur Terre ? Vous allez a-do-rer Mockus.

Quelle histoire !!!

Antanas, figure historique ? Jugez plutôt. Dès ses débuts dans le monde académique, Mockus s’engage dans ce qu’il nomme une insurrection éducative. Il co-fonde par exemple une communauté où il cohabite avec des étudiants et enseignants, issus d’une université publique dont il devient lui-même recteur. Un recteur qui habite avec ses étudiants, vous en connaissez beaucoup ? Il se crée une réputation d’extravagant en 1993, face à des étudiants turbulents, en baissant son pantalon et montrant ses fesses à la classe. Pour expliquer ce geste, ce rigolo fort médiatique n’hésite pas à citer Pierre Bourdieu et son concept de  »violence symbolique ».

Et s’il n’y avait que cela…

En 1994, Antanas se lance en politique. Misant sur son honnêteté, il est candidat à la mairie de Bogota, ville de 7 millions d’habitants, alors considérée comme l’une des plus violentes au monde. Une ville de corruption et de clientélisme, de pauvreté et de délinquance urbaine, de vols et de viols, enfer d’agressions mortelles. Sans budget ni campagne, grâce au bouche à oreille, il se fait connaître par des actes symboliques, vêtu d’un costume de Mockus Superman, avec un gros porte-couilles. Cliquez ici pour voir une photo, ça vaut le clic.

Et le voilà élu en 1995. Obligé de porter un gilet pare-balle, il le troue à l’endroit du cœur. En moins de 3 ans, il change la ville. Il utilise intelligemment le pouvoir qui lui est confié, et réussit à faire baisser significativement la délinquance et la violence (23 homicides pour 100 000 habitants en 2003, contre 80 en 1993), à imposer des journées sans voitures, à réduire les chauffards en identifiant que leur peur principale était d’être ridiculisés (il paie des mimes pour les gêner en public LOL). Il réussit surtout à augmenter les transports publics, à implanter un important réseau de bibliothèques publiques, à amener les étudiants à faire leur thèse en pratiquant leur futur métier dans les quartiers pauvres. Il organise le concours de la rue la plus jolie, et Bogota devient une des villes les plus agréables à vivre d’Amérique latine.

C’est tout cela, concrètement, qui nous inspire.

Et c’est pas fini…

Pour stimuler la réflexion citoyenne, il continue à faire le clown. Il s’adresse aux journalistes coiffé d’un chapeau en forme de fromage. Il se marie à dos d’éléphant dans un cirque. Le voilà tour à tour qualifié de candidat-clown, émigré lituanien, atypique excentrique, mathématicien multilingue, administrateur organisé, Professeur Prophète, tsunami vert, visionnaire précurseur, supercitoyen.

En 2012, candidat aux présidentielles pour le parti vert de Colombie, les 3 autres candidats aux primaires, ses concurrents, ne tarissent pas d’éloges envers lui. Il se présente en déclarant « j’ai un parkinson précoce, il me reste 12 ans que je peux mettre au service de la république ». Et il arrive au 2e tour, contraignant les libéraux et conservateurs à s’unir pour « faire front » contre cet écolo qui fut presque élu. Vous imaginez l’ambiance ?

Voir quelques articles de presse parus sur lui dans Courrier International (FR) /Antanas mockus. Prof et un peu prophète

The Guardian (EN) /Antanas Mockus: Colombians fear ridicule more than being fined

Harvard Gazette (EN) /Academic turns city into a social experiment

Newsweek (EN) /Academic turns city into a social experiment

Publimetro (ES) /Antanas Mockus felicitó a Cali por su política de paz y cultura ciudadana

Le Monde (FR) /Après Bogota, Antanas Mockus veut faire changer la Colombie

Persee (FR).L’éthique de la discussion au service d’une nouvelle politique de la ville : l’expérience de Antanas Mockus à la mairie de Bogota (1995-1997)